Secular Trends: un fonds d’actions durable et performant
Lancée il y a tout juste cinq ans par un gérant indépendant genevois, la stratégie d’investissement «Secular Trends», qui consiste à acheter avec une vue à long-terme des sociétés de qualité exposées à des thèmes de croissance, continue de faire ses preuves avec des performances largement supérieures aux indices d’actions mondiales. Entretien avec le responsable de sa gestion, Paolo Bozzo, associé-gérant chez de Pury Pictet Turrettini.
Comment l’idée vous est-elle venue de lancer un portefeuille thématique d’actions mondiales?
J’ai passé près de 12 ans dans diverses banques d’affaire, dont Bank of America Merrill Lynch, dans le département Capital Markets. J’y ai beaucoup appris sur les méthodes d’analyse d’une société et sur les dynamiques du marché des actions. J’ai également passé beaucoup de temps avec les dirigeants d’entreprises tout en côtoyant de nombreux gérants de fonds. Le «court-termisme» de ces acteurs du marché, qu’ils soient analystes, gérants ou investisseurs, m’a toujours interpellé. Je suis convaincu qu’il est préférable d’analyser une société avec une vue à long-terme, en adoptant une approche similaire à celle appliquée à des investissements illiquides tels que l’immobilier ou le private equity. Ceci permet d’éviter de succomber à la tentation de « jouer » les tendances à court terme et de faire subir à son portefeuille des mouvements erratiques selon le sentiment du marché. Par ailleurs, beaucoup de gérants de fonds sont contraints de construire leurs portefeuilles en minimisant les déviations par rapport à leurs indices de référence, ce qui les rend souvent trop diversifiés et limite leur capacité à générer de la surperformance.
Ces biais comportementaux inhérents à la gestion de fonds m’ont convaincu du potentiel d’une stratégie d’investissement à faible taux de rotation qui s’intéresse uniquement aux perspectives à long-terme des sociétés. Par ailleurs, l’essor de thématiques de croissance autour de la digitalisation, des changements démographiques et des risques climatiques m’ont poussé à me lancer dans l’aventure de la gestion.
Quand avez-vous franchi le pas?
C’est en 2015 que j’ai décidé de rejoindre de Pury Pictet Turrettini, un gérant indépendant genevois qui gère aujourd’hui près de 7 milliards de francs suisses, et de lancer une stratégie d’investissement d’actions mondiales qui investit dans un portefeuille concentré sur une quarantaine de sociétés exposées à des thèmes de croissance séculaires et répondant à des critères stricts de qualité.
Les thèmes retenus sont le vieillissement de la population, la santé et le bien-être, la sécurité, les «millenials», la robotique, la transition énergétique, l’eau et l’essor des classes moyennes dans les pays émergents. C’est avec cette stratégie que j’ai commencé à gérer mes premiers mandats il y a 5 ans, suivi du lancement d’un fonds UCITS luxembourgeois qui a récemment fêté son troisième anniversaire.
Depuis sa création, le fonds Secular Trends a généré une performance annuelle moyenne nette de frais de +28.5%, contre +17% pour son indice de référence (MSCI AC World NR), avec une volatilité similaire et une «perte maximale» nettement inférieure. Les actifs sous gestion du fonds atteignent aujourd’hui 750 millions de dollars.
Que peuvent attendre vos investisseurs après de telles performances? Est-ce que cela peut continuer?
Nous en sommes convaincus sur le long-terme, mais nous ne pourrons jamais éviter des phases de sous-performance passagères, étant donné notre stratégie d’investissement privilégiant les secteurs de la santé, de la technologie et de la consommation discrétionnaire, mais aussi du fait de notre faible exposition aux secteurs cycliques tels que les matières premières et les financières. Nous sommes persuadés que notre style qualité/croissance et le faible taux de rotation de notre portefeuille sont deux ingrédients essentiels pour continuer à générer de la surperformance. Les sociétés qui composent notre portefeuille sont bien armées pour faire face aux défis de demain.
Parmi les 1500 sociétés de notre univers, nous ne retenons que les 40 meilleures. Nous nous concentrons sur celles bénéficiant d’avantages concurrentiels durables, dirigées par un management de qualité et offrant des perspectives de croissance supérieures à la moyenne, des bilans solides et des capacités d’autofinancement les rendant peu dépendantes des financements externes. Nous sommes par exemple investis dans Infineon, société allemande active dans les semi-conducteurs indispensables à l’électrification des véhicules, Keyence, société japonaise spécialisée dans l’automatisation des processus de production, et Intuitive Surgical, société américaine pionnière dans les robots chirurgicaux.
Après cinq ans d’existence, cette stratégie a prouvé sa capacité à générer des performances nettement supérieures à celles des indices d’actions mondiales dans des environnements de marché très différents d’une année à l’autre.
Le monde est aux prises avec des changements majeurs: les difficultés d’approvisionnement ou la hausse des prix de l’énergie ne risquent-elles pas de pénaliser les sociétés qui composent votre portefeuille?
L’avantage concurrentiel durable des sociétés qui composent notre portefeuille les rend peu sensibles aux pressions inflationnistes, étant donné leur capacité à répercuter les augmentations de coûts à leurs clients. Leur faible endettement limite par ailleurs l’impact d’une éventuelle hausse des taux d’intérêts. Enfin, les difficultés d’approvisionnement auxquelles nos sociétés doivent actuellement faire face ne font que retarder les livraisons, elles ont peu d’effet sur une demande qui reste soutenue. Le renchérissement des prix de l’énergie renforce le plaidoyer en faveur de la transition énergétique, une thématique à laquelle le fonds Secular Trends est bien exposé.
Quels liens avez-vous avec Genève?
Un lien intime, puisque j’y ai grandi et choisi de m’y installer avec ma famille. De même pour de Pury Pictet Turrettini, qui a été créée il y a 25 ans par trois personnalités genevoises et qui emploie aujourd’hui près de 50 personnes qualifiées, essentiellement à Genève.
Les personnes qui composent mon équipe sont particulièrement importantes : j’ai la chance de pouvoir compter sur deux profils très complémentaires, un analyste fondamental et un analyste quantitatif. Un nouvel analyste vient de les rejoindre afin d’accompagner la croissance que nous rencontrons actuellement.
On entend beaucoup parler de «durabilité» et d’investissements «ESG» mais aussi du problème de «greenwashing». Quelle est votre approche sur le sujet?
Chez de Pury Pictet Turrettini, les critères Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance (ESG) ne sont pas des alibis. En pionniers de la finance durable, nous avons lancé nos premiers fonds d’engagement actionnarial il y a plus de 15 ans et avons été parmi les premiers à adopter, en 2008 déjà, les Principes pour l’Investissement Responsable édictés par les Nations Unies. Nous avons ainsi montré l’exemple, et nous continuerons à le faire, notamment en plaçant l’analyse de la durabilité au cœur de notre processus de gestion, mais aussi en écartant les entreprises qui ne prennent pas la mesure de ces enjeux.
Article publié dans CCIG Info (Janvier 2022)